« Je disais rhinocéros pour girafe »
Après un AVC, un Fribourgeois sensibilise à l’aphasie, ce trouble du langage invisible et méconnu
Source : La Liberté
Joël Jeckelmann revient de loin après un AVC. Il témoigne en ce 20 octobre, première Journée internationale de l’aphasie. Ce trouble du langage survient à la suite d’une lésion cérébrale et touche chaque année environ 150 personnes dans le canton de Fribourg.
« La musique m’a sauvé la mise. C’est ma passion. »
Une voix sûre, malgré les mots qui manquent
D’une voix sûre, il entonne On meurt de toi de Saez. Ses doigts grattent la guitare l’air de rien. L’émotion dans le salon villarois est palpable. À l’oral, Joël Jeckelmann cherche parfois ses mots. En chantant, rien ne transparaît.
Il y a trois ans, le Sarinois a été hospitalisé pour une crise d’épilepsie, qui a permis de détecter un gros méningiome bénin au cerveau. Durant l’opération, une perte de sang très importante provoque un AVC.
« On nous a dit que la tumeur était très vieille et très vascularisée », partage son épouse, Anne-Claude Jeckelmann.
« Force de vie »
Le réveil est difficile. « Le médecin a dit que c’était comme si j’étais un esprit enfermé dans une boîte de conserve », se souvient Joël Jeckelmann.
Quelques jours plus tard, lors d’un soin par un infirmier et « ses mains magiques », il ressent une véritable force de vie qui ne le quittera plus.
« Je voudrais rendre attentif la population à l’aphasie », tente-t-il, avant de s’interrompre. « Voilà, c’est typique… »
L’aphasie, un trouble fréquent mais invisible
Autour de la table familiale de Villars-sur-Glâne, Chris Martins, logopédiste à l’HFR, et Jean-Marie Annoni, neurologue retraité, expliquent l’ampleur du phénomène.
« Le taux d’aphasie après un premier AVC en Suisse est d’environ 43 cas pour 100 000 habitants par an, soit 30% des AVC », explique Jean-Marie Annoni. « À Fribourg, cela représente environ 150 personnes chaque année. »
Isolement social et incompréhensions
« L’aphasie est frustrante, parce que c’est un mal invisible. »
De nombreux patients évitent les situations sociales, ce qui peut mener à l’isolement. Joël Jeckelmann, lui, annonce la couleur au téléphone : « Je dis que j’ai fait un AVC pour éveiller la compréhension. »
Contrairement aux idées reçues, les capacités cognitives restent intactes. « C’est comme la circulation à Fribourg : il y a des bouchons, mais on sait toujours s’orienter », image Jean-Marie Annoni.
Quand la musique devient une thérapie
Dès le début de son hospitalisation à Meyriez, Joël Jeckelmann s’est accroché à sa guitare, malgré la perte de sensibilité dans les doigts.
« Il lui faut aujourd’hui trois mois pour apprendre un nouveau morceau, contre une semaine auparavant », raconte son épouse.
« La musique m’a sauvé la mise. C’est ma passion. »
Logopédie : réentraîner le langage
La logopédie vise à améliorer le langage résiduel et à optimiser les capacités de communication : retrouver les mots, lire, écrire, comprendre.
« En parallèle, on apprend des stratégies pour contourner les difficultés », explique Chris Martins, soulignant aussi le rôle central de l’entourage.
